Des faux livres aux titres accrocheurs et aux couvertures aguicheuses, mais mal écrits à l’aide de l’intelligence artificielle, pullulent sur le site de vente en ligne américain, qui ne semble pas prendre conscience de l’ampleur de phénomène
Qui connaît Allan Trevor, écrivain prolifique, auteur entre autres de « Comment cultiver des champignons magiques à la maison », « Kama sutra postures brutales », « La Triade Noire À l’extrême : Tout Sur Les Psychopathes Pervers, Les Sociopathes Et Les Narcissiques » ou le prémonitoire « Vendre livre sur Amazon » ? Personne ? L’homme a pourtant de quoi être connu : selon Amazon, il a écrit pas moins de 1491 livres à ce jeudi 11 janvier 2024, le tout en a peine deux ans, son premier ouvrage paru sur le site de vente en ligne remontant au 29 janvier 2022.
Développement et coaching personnel, cryptomonnaie, trading, psychologie, recettes de cuisine, magie noire et sorcellerie, ovnis : Allan Trevor, sémillant grand-père barbu selon la photo de biographie sur le site américain, est capable d’écrire sur n’importe quel sujet, dans toutes les langues. Et aime orner ses aguicheuses couvertures du macaron « Top secret ! », sans doute à même de lui ramener davantage de clients lecteurs. Ou plutôt de pigeons. Car Allan Trevor n’existe pas.
Faux avis positifs
Son incroyable production est le fait de l’IA, comme des centaines d’autres écrivains, repérés au fil des mois par le « vrai » auteur Ulrich Genisson, qui a publié deux best-sellers sur la nutrition. « Un faux auteur peut publier un faux ouvrage et ajouter des centaines d’avis positifs sur ce dernier », et ce afin de faire monter son produit dans le classement de sa catégorie et de doper ses ventes, expliquait en décembre sur BFMTV celui qui considère que cette multiplication de contenus générés automatiquement arnaque tant les lecteurs que les auteurs humains. « Mais après arrivent les vrais avis, des vrais clients déçus. La note du livre se dégrade et à partir d’un certain seuil, le livre est retiré de la vente sur la plateforme. Avant d’être republié sous un autre nom et une autre couverture. »
Des livres qualifiés par Renaud Lefebvre, directeur général du Syndicat national de l’édition dans Le Monde « de contenus parasitaires obtenus par digestion d’œuvres protégées », qui ne devraient bénéficier ni des droits d’auteur, ni de la TVA réduite.
En plus du développement des logiciels d’Intelligence artificielle générative, cette profusion de faux livres est également permise par Kindle Direct Publishing, outil qui permet à n’importe qui d’éditer des livres, sans contrôle ni relecture, imprimés et commercialisés par Amazon.

